Taille des pommiers en espalier : bâtir la charpente, puis récolter chaque année

Notez cet article

Un pommier greffé sur M26 couvre 3 à 3,60 m de mur une fois adulte, le même greffé sur MM111 en occupe 4,50 à 5,50 m. La Royal Horticultural Society donne ces largeurs avant de parler de sécateur, et l’ordre a du sens. La taille des pommiers en espalier arrive en troisième position, derrière le choix du porte-greffe et la pose des fils. Un arbre trop vigoureux au départ se venge pendant vingt ans, quels que soient vos coups de lame.

L’espalier est une conduite, pas une technique de taille

Un pommier de plein vent se taille pour être éclairci. Un pommier en espalier se taille pour tenir une géométrie décidée à l’avance et pour porter ses fruits le plus près possible de cette géométrie. Ce sont deux logiques différentes, et confondre les deux explique la plupart des espaliers ratés.

L’association L’Art de l’espalier recense une trentaine de formes classées en deux familles. Les formes plates, celles qui nous intéressent contre un mur : cordon horizontal à un ou deux bras, cordon vertical, U simple, U double, palmette Verrier à quatre ou six branches, candélabre qui monte jusqu’à dix-neuf branches chez les virtuoses, palmette oblique, croisillon. Les formes en volume, fuseau, pyramide ailée, gobelet, vase, réclament de la place et sortent du sujet.

Le site Jardinet donne les distances de plantation par forme, et ce tableau vaut réflexion avant l’achat. Cordon horizontal à un bras : 2,50 à 3 m entre deux pieds. À deux bras : 4 à 5 m. U simple : 60 cm à 1 m. U double et palmette Verrier : 1,20 m. Un mur de 6 m accueille donc cinq U doubles ou deux cordons à deux bras. Cinq variétés différentes contre deux, la question de la pollinisation croisée et de l’étalement des récoltes se règle là, pas au sécateur.

La taille de formation construit cette charpente. Elle dure quatre ans pour un U simple et jusqu’à quinze ans pour un candélabre complexe, d’après Ma passion du verger. La taille de fructification, elle, revient chaque année, sur un arbre dont la charpente ne bouge plus. Tant que la charpente n’est pas finie, la seconde n’a pas lieu d’être.

Porte-greffe et palissage, les deux décisions qui précèdent la taille des pommiers en espalier

Le porte-greffe fixe la vigueur, donc la quantité de bois à supprimer chaque année. M9 et sa variante Pajam 1, ainsi que M27 encore plus nanifiant, conviennent aux petites formes palissées. M26 et MM106 servent les palmettes de trois ou quatre étages. Un pommier sur franc n’a rien à faire contre un mur de maison : il produira chaque année plus de bois que vous n’en pourrez couper.

M9 impose une contrepartie que les pépiniéristes mentionnent rarement : son enracinement superficiel demande un tuteurage à vie et un arrosage suivi les étés secs. Comptez-le dans le projet, au même titre que la plantation elle-même.

Le palissage vient ensuite. La RHS place le premier fil à 40 cm du sol et espace les suivants de 35 à 45 cm. Les poteaux font 1,80 m de haut et se plantent tous les 2 à 3,50 m. Contre un mur, laissez au moins 10 cm entre le fil et la maçonnerie : sans cette lame d’air, la tavelure s’installe. Jardipartage descend le premier fil à 30 cm et espace les suivants de 40 à 50 cm, ce qui revient au même ordre de grandeur.

Le détail qui tue les charpentes, c’est l’attache. Ma passion du verger recommande des gaines souples de 3 à 4 mm pendant la formation, de 5 mm sur les branches adultes chargées de fruits, et proscrit les colliers PVC et le fil d’acier nu, qui étranglent une branche en un an. Attachez tous les 10 à 15 cm. Une gaine de qualité tient cinq à huit ans, il faudra donc y repasser.


Fils de palissage tendus et attaches souples sur une charpentière de pommier
Fils tendus tous les 40 cm et gaines souples : la charpente d’un espalier tient à ce détail.

La taille de formation, quatre à six ans de patience

Tout part d’un scion d’un an, une tige unique et droite, planté entre fin novembre et début mars. Jardipartage recommande M9 et 60 cm minimum entre deux troncs pour un U simple.

Année 1. Coupez le scion à 30 ou 40 cm du sol, en biais, à 1 cm au-dessus de deux bourgeons latéraux bien opposés, l’un à gauche, l’autre à droite. La RHS raisonne autrement et rabat la tige à 5 ou 7 cm au-dessus du premier fil. Le résultat visé reste le même : forcer le départ de deux bras. Au printemps, laissez les pousses partir, puis attachez-les à l’oblique quand elles atteignent 20 à 30 cm. Gardez un troisième rameau de secours, il vous sauvera si l’un des deux casse.

Année 2. L’inclinaison se travaille progressivement. La RHS attache les deux rameaux sur des tuteurs à 40° pendant toute la saison, puis les abaisse à l’horizontale en fin d’été, une fois la croissance arrêtée. Abaisser trop tôt bloque l’allongement, abaisser trop tard casse le bois. Pour un U, l’Art de l’espalier laisse filer les rameaux jusqu’à une bonne cinquantaine de centimètres, les couche à l’horizontale, puis les redresse à la verticale sur 20 cm au minimum.

Années 3 à 6. Chaque charpentière s’allonge de 30 à 50 cm par an. La flèche centrale se maintient 30 cm plus courte que les latérales, sans quoi elle prend le dessus et déséquilibre la forme. Une vidéo tournée aux pépinières Georges Delbard par la chaîne newsjardintv chiffre la réalité du métier : cinq ans et plus de formation avant qu’un pommier en U double soit commercialisable, et environ 100 € l’arbre déjà formé. Acheter un espalier prépalissé coûte cher, mais fait gagner ces années-là.

Une palmette Verrier réclame le double de temps. Ses branches latérales partent à l’horizontale puis se redressent à 45 cm du tronc, et chaque étage supplémentaire ajoute une saison au chantier. Si vous débutez, le U simple ou le cordon horizontal restent les formes qui pardonnent. Les mêmes principes de conduite valent pour les arbres et arbustes d’ornement en petit jardin, où la place manque autant.

Lire l’arbre avant de couper : bouton à fruit ou bouton à bois

Un espalier se rate au sécateur quand le jardinier ne reconnaît pas ce qu’il coupe. L’Art de l’espalier décrit les organes avec une précision de pomologue.

Le bouton à fleurs, ou lambourde, est un œil globuleux et ovoïde, couvert de 17 à 23 écailles brunes. Il contient un corymbe de 6 à 15 fleurs. Le bourgeon à bois est étroit, pointu, plaqué contre le rameau. Les jardiniers néerlandais de la Volkstuindersvereniging Ridderspoor résument la différence en deux mots : gemengde knop, le bourgeon mixte nettement épais qui porte fleurs et feuilles, contre bladknop, le bourgeon étroit et pointu qui ne donnera que des feuilles.

Entre les deux, le dard, court, pointu mais renflé à la base. Il se transforme en bouton à fleurs en deux ans chez le pommier, parfois trois. Couper un dard, c’est supprimer une pomme de 2027.

Restent les organes à supprimer. Le gourmand, rameau vertical très vigoureux, souvent un mètre de long, gros à la base, qui naît sur le dessus d’une branche coudée. Le rameau à bois de 20 à 60 cm, gros comme un crayon. La brindille de 10 à 30 cm, terminée par un œil à bois. La brindille couronnée, elle, se termine par un bouton à fleurs : celle-là se garde.

La taille de fructification des pommiers en espalier, chaque hiver sur les coursonnes

Une fois la charpente en place, le travail se concentre sur les coursonnes, ces petits rameaux fertiles répartis sur les bras. Longueur utile : 20 à 30 cm. Espacement recommandé entre deux bourgeons superposés : 12 cm environ, de quoi laisser la lumière descendre.

La taille trigemme est la méthode classique : couper systématiquement à trois yeux. La dominance apicale fait que le premier œil et le second partent à bois, alors que le troisième reçoit nettement moins de sève et se met à fleurs. Jardiner Malin la résume en une phrase : comptez trois yeux à partir de la charpentière et taillez en léger biseau, pour que l’eau ne stagne pas sur la plaie.

Cette méthode a ses détracteurs. Jacques Ginet, l’expert jardin de France Bleu Isère, conseillait en janvier 2024 de l’éviter au jardin d’amateur, parce qu’elle supprime des boutons à fleurs déjà formés et retarde la mise à fruit. Son avis vaut pour les arbres jeunes : sur une charpente jeune et vigoureuse, mieux vaut arquer et attendre que couper à trois yeux.

Les jardiniers allemands taillent plus long. Le spécialiste Spalierbaumspezialist rabat les rameaux latéraux du pommier à quatre à six yeux en hiver, contre trois à cinq pour le poirier, et place le Winterschnitt entre fin janvier et début mars. Nos voisins néerlandais visent février et déconseillent décembre, période où les spores de chancre circulent le plus.

Un dernier repère, physiologique celui-là : il faut 30 à 50 feuilles pour nourrir une pomme moyenne, et 10 à 15 cm entre deux fruits. Un espalier trop chargé donne des pommes de calibre bille et alterne d’une année sur l’autre. L’éclaircissage de juin fait partie de la conduite au même titre que la taille.


Bouton à fleurs globuleux et œil à bois pointu sur un rameau de pommier
Bouton à fleurs globuleux à gauche, œil à bois pointu à droite : toute la taille de fructification tient dans cette distinction.

Août et septembre : la taille des pommiers en espalier passe au vert

C’est le geste de la saison. La taille en vert, ou taille d’été, réduit la surface foliaire, freine la vigueur et transforme des rameaux à bois en organes fructifères pour l’année suivante.

La RHS donne le critère le plus fiable, et il vaut mieux que n’importe quelle date de calendrier : intervenez quand le tiers inférieur des pousses de l’année a lignifié, soit à partir de fin juillet pour les poiriers et de mi-août à fin août pour les pommiers. Le bourgeon terminal est alors formé, la croissance est arrêtée, l’arbre ne repartira pas en végétation folle.

Les deux règles de coupe :

  • Les rameaux nés directement sur une branche horizontale se rabattent à 3 ou 4 feuilles au-dessus de la rosette basale, cette couronne de petites feuilles serrées à la base de la pousse.
  • Les rameaux déjà taillés les années précédentes se rabattent à 1 seule feuille au-dessus de la rosette basale.

Gamm vert donne des chiffres voisins pour les palissés, avec une coupe en biseau 1 à 2 cm au-dessus de la feuille. Les Croqueurs de pommes démarrent plus tôt, dès la mi-juin, pour accélérer la mise à fruit des rameaux de l’année : c’est l’esprit de la taille Lorette, mise au point par Louis Lorette au début du XXe siècle et adaptée depuis en système Lorette modifié, plus tardif et plus tolérant. Sur la chaîne Cumbrian Homestead, un jardinier du nord de l’Angleterre montre sa version, en août : couper 2,5 à 5 cm au-dessus de la rosette basale, vingt ans de suite, sans dommage pour l’arbre.

Une repousse tardive après la coupe d’août se pince simplement à une feuille en septembre. Si elle survient en octobre, laissez-la : elle gèlera et vous la couperez en février.


Sécateur taillant une pousse de pommier au-dessus de la rosette basale en fin d'été
Fin août, le tiers inférieur des pousses a bruni : le moment de rabattre au-dessus de la rosette basale.

Reprendre un espalier abandonné

Un vieux pommier palissé laissé libre pendant dix ans se rattrape, mais pas en un hiver. Supprimez d’abord les gourmands verticaux et le bois mort, sans toucher à la charpente. L’hiver suivant, ramenez les prolongements et rouvrez la lumière. Le troisième hiver seulement, reconstituez les coursonnes. Étaler sur trois saisons évite la réaction classique : une forêt de gourmands qui repart de partout.

Un mot sur les variétés, puisque la conduite en espalier concentre l’humidité contre un mur. Ma passion du verger déconseille Gala, Golden, Pink Lady et Granny Smith, trop sensibles aux maladies dans cette configuration, et recommande Initial, Juliet, Topaz, Rubinola et Sunrise. Un espalier sain se joue autant au catalogue qu’au sécateur, comme quand on choisit ses graines d’arbres et d’arbustes ou qu’on répartit les cultures en organisant son potager.

Dernier conseil de saison, pour ce mois d’août qui s’achève : avant de tailler, passez la main sur chaque attache de la charpente. Une gaine posée il y a six ans commence à mordre le bois, et une branche étranglée à mi-hauteur d’une palmette Verrier, ça ne se remplace pas. Coupez la vieille attache, reposez-en une neuve de 5 mm, et taillez ensuite. Si vous complétez le verger cet hiver, la fin de l’automne reste la fenêtre pour planter de nouveaux arbres fruitiers.


Qu'en avez-vous pensé ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ces articles peuvent vous intéresser