À 5 °C dans le sol, une graine de radis met 29 jours à lever. À 20 °C, elle met 4 jours. Le même sachet, la même variété, le même jardinier. Ces chiffres viennent du tableau de J. F. Harrington, du département des cultures maraîchères de l’université de Californie à Davis, diffusé par le service de vulgarisation de l’Oregon State University Extension Service (édition d’avril 2013, revue en 2024). Ils expliquent pourquoi la question « quand semer des radis » se règle mal avec un calendrier seul.
Le radis passe pour le légume du débutant. C’est aussi celui qu’on rate le plus : levée en dents de scie, feuilles hautes et racine minuscule, chair creuse, goût de moutarde brûlante. Trois causes reviennent, et aucune ne concerne la date inscrite sur le sachet.
Quand semer des radis : la fenêtre thermique réelle
Le radis (Raphanus sativus, famille des Brassicacées) germe entre 4,5 °C et 35 °C selon le relevé de Harrington. Entre ces deux bornes, la vitesse change du tout au tout.
| Température du sol | Jours jusqu’à la levée |
|---|---|
| 5 °C | 29 jours |
| 10 °C | 11 jours |
| 15 °C | 6 jours |
| 20 °C | 4 jours |
| 25 °C | 3 jours |
| 30 °C | 3 jours |
Une graine qui reste 29 jours en terre froide passe un mois à la merci des limaces, des oiseaux et du moindre battant de pluie qui referme le sillon. Elle lève mal, et le jardinier accuse la graine.
Les semenciers français donnent des plages plus étroites, parce qu’ils décrivent le confort et non la survie. L’Association Kokopelli annonce 8 à 25 °C pour une levée en 3 à 10 jours (fiche signée Virginie, 11 décembre 2024). La Ferme de Sainte Marthe monte à 17-29 °C. Cyril le jardinier, sur La Bonne Graine, retient 8 à 22 °C avec un idéal autour de 15-20 °C. Ces écarts ne se contredisent pas vraiment, ils mesurent des choses différentes.
Un seuil mérite d’être retenu tel quel : au-delà de 25 °C prolongés, la graine de radis entre en thermodormance et refuse de lever. C’est le motif d’échec des semis de juillet en plein soleil, bien plus que la sécheresse.
En pratique, plantez un thermomètre de sol à 5 cm de profondeur, le matin. Sous 8 °C, attendez ou passez sous châssis. Entre 12 et 20 °C, semez sans réfléchir. Au-dessus de 25 °C, semez le soir, arrosez le sillon avant de déposer les graines et ombrez.
Le calendrier de semis, groupe par groupe
Il n’existe pas un radis mais trois familles, et elles ne se sèment pas aux mêmes mois.
Les radis de tous les mois (18 jours, Flamboyant, National 2, Gaudry 2, French Breakfast, Cherry Belle) occupent mars à septembre en pleine terre. Sous châssis, tunnel ou serre froide, la Ferme de Sainte Marthe fait démarrer les variétés à forcer dès février. Gamm Vert descend même à janvier pour Flamboyant 3, Gaudry et Lavergne. Comptez 18 à 30 jours de cycle, sachant que Xavier Mathias, maraîcher et auteur, rappelle dans sa vidéo « 3 astuces pour réussir son semis de radis » que les 18 jours du nom relèvent du marketing : la réalité tourne autour de 20 à 25 jours.
Les radis d’été et d’automne (Blanc de Stuttgart, Chandelle de glace, Violet de Gournay) se sèment de mai à début août. Cycle de 6 à 8 semaines.
Les radis d’hiver et les asiatiques (Noir gros rond d’hiver, Noir long maraîcher, Rose d’hiver de Chine, Red Meat, daikon) veulent de la place et du temps. Semis de juin à août, récolte d’octobre aux premières gelées, 60 à 90 jours de culture. Kokopelli conseille 30 cm entre les lignes pour ce groupe, contre 20 cm pour les petits radis.
Ce calendrier bouge de trois à quatre semaines selon la région. La Bonne Graine détaille : forçage en janvier-février dans le Sud, en février-avril dans le Nord-Est et en altitude. Notre page sur quand semer mes graines reprend ce décalage régional pour l’ensemble du potager.
Une nuance que le web français passe sous silence : les Néerlandais de Plukkers, dont le catalogue maraîcher est réputé, écrivent que « le radis donne le meilleur au tout début du printemps et en fin d’été ». Juin et juillet restent des mois de compromis, pas des mois de gloire.

Semer clair, l’alternative à l’éclaircissage tardif
La densité de semis est le deuxième point de rupture. La Ferme de Sainte Marthe vise 100 à 250 plants au mètre carré, avec une graine tous les 2 à 3 cm et des rangs à 20-25 cm. Le poids de mille graines tourne entre 5 et 13 g, ce qui donne une idée de la finesse du geste.
Sur la profondeur, les avis divergent franchement. Kokopelli et Plukkers descendent à 0,5-1 cm pour les petits radis. Xavier Mathias sème plus profond, environ 2 cm, et justifie : un semis trop superficiel déforme le collet. À l’inverse, Regina, ingénieure horticole qui signe la fiche radis de Plantura (publiée le 24 mars 2017, mise à jour le 18 février 2026), prévient qu’un semis trop profond produit une racine allongée et ligneuse. Arbitrez par le sol : 1 cm en terre lourde qui croûte, 2 cm en terre légère et sableuse qui sèche vite.
Vient ensuite le geste que tout le monde repousse. Comptoir des Jardins fixe l’éclaircissage au stade 2 vraies feuilles, environ une semaine après la levée, à 3-5 cm pour les radis de tous les mois et 8-10 cm pour les radis d’hiver. Antoine le Potagiste, sur sa chaîne YouTube, éclaircit 15 jours après le semis et récupère les jeunes pousses arrachées pour la salade ou le velouté. Gary Pilarchik, du potager américain The Rusted Garden, place le curseur entre 9 et 14 jours après la germination et laisse 5 cm minimum.
Xavier Mathias, lui, refuse l’éclaircissage : arracher un plant sur deux fait filer ceux qui restent, qui montent sur pattes en cherchant la lumière. Sa parade tient en une phrase, espacer les graines de la largeur d’un radis fini dès le semis. Pour un débutant, c’est la voie la plus sûre. Nos conseils sur comment semer mes graines détaillent la technique du semis clair au bout des doigts.
Dernier geste, souvent oublié : plomber. Tasser la terre au dos du râteau après le semis, puis arroser jusqu’à ce que l’eau stagne une seconde en surface. Sans ce contact entre la graine et la terre, la levée se fait par plaques.
Radis montés, creux ou piquants : les trois échecs et leurs causes
Le radis raté raconte toujours la même histoire, celle d’une croissance interrompue.
La montée à graine. Au-delà de 25 °C pendant plusieurs jours d’affilée, la plante bascule en floraison et abandonne la racine. Plantura ajoute un levier que le web français ignore : en plein été, choisir une exposition mi-ombragée, sous peine de voir le semis monter. Un voile P17 tendu sur arceaux joue double emploi, il accélère la levée au printemps et ombre le sol en juillet. Antoine le Potagiste l’utilise dans les deux sens.
Les radis creux. La chair spongieuse vient de l’alternance sec-humide, pas de l’oubli d’un jour d’arrosage isolé. Comptoir des Jardins donne le seul chiffre exploitable trouvé côté français, 5 à 8 litres au mètre carré tous les 2 jours. Le maraîcher belge Tom Deseyn, de Plukkers, le formule autrement : « une humidité en dents de scie donne des radis extrêmement piquants et éclatés ».
Les radis piquants. Stephen Albert, de Harvest to Table (article du 9 septembre 2025), est catégorique : « si les radis manquent d’eau ne serait-ce qu’un jour par temps chaud, ils deviennent durs et fortement épicés ». Le piquant du radis est une réponse au stress, pas une caractéristique variétale. Détail amusant relevé par la Ferme de Sainte Marthe : la présence rapprochée de cerfeuil accentue ce piquant.
Un quatrième échec ne rentre dans aucune de ces cases. Beaucoup de feuilles, pas de radis. Gary Pilarchik en donne la cause en trois mots, « don’t give them any fertilizer ». Tout apport azoté part dans le feuillage. Comptoir des Jardins limite l’amendement à 1 kg de matière organique au mètre carré et proscrit le fumier frais. Si vous préparez vos planches en amont, notre guide pour organiser son potager explique où placer les radis dans la rotation, sachant qu’il faut attendre 2 ans avant de resemer une Brassicacée au même endroit.

Quand semer des radis sous abri, en jardinière et en arrière-saison
Le châssis avance le premier semis de six à huit semaines. Fin février sous verre selon Plantura, dès fin janvier selon Plukkers dans le climat doux des Flandres. La contrainte n’est pas le froid mais la lumière : sous 10 heures de jour, la racine grossit mal, quels que soient les degrés.
En jardinière ou en caissette, prévoyez 20 cm de terre. Les radis ronds s’en contentent, les demi-longs et les radis noirs demandent le double. Un bac sèche trois fois plus vite qu’une planche de pleine terre, et le radis ne pardonne pas la soif. Nos graines de potager comptent plusieurs variétés rondes adaptées aux contenants, dont Sora, sélectionnée pour sa tolérance à la chaleur et sa résistance à l’éclatement.
L’arrière-saison reste la fenêtre la plus sous-exploitée. De mi-août à fin septembre, le sol garde 18 à 20 °C, les jours raccourcissent, les altises se calment. Ce sont les meilleures conditions de l’année. Harvest to Table le note en une ligne : des jours plus courts et plus frais donnent des racines plus rondes.
Le rythme, pas la date
Un semis de radis nourrit une famille pendant dix jours, pas pendant deux mois. Tous les auteurs consultés convergent sur l’échelonnement, entre 10 et 15 jours d’intervalle. Un demi-mètre de rang à chaque fois suffit. Le reste de la planche accueille autre chose en attendant, et le repiquage des plants de salade se cale très bien sur ce rythme.
Un dernier chiffre, pour finir sur ce qui traîne au fond du tiroir : une graine de radis reste viable 5 ans. Passé ce délai, le taux de levée s’effondre et personne n’y pense. Notez l’année au marqueur sur le sachet le jour où vous l’ouvrez, et semez trois graines dans un verre d’eau sur du coton avant d’entamer un rang entier. Trois jours suffisent pour savoir si le sachet vaut encore la peine d’être semé.



