Un paulownia planté au printemps peut dépasser deux mètres à l’automne suivant. Cette vitesse fait rêver quand on cherche de l’ombre vite, et c’est souvent elle qui pousse à commander des plants de paulownia sans trop se renseigner. Or cet arbre venu de Chine a ses exigences, et quelques défauts qu’il vaut mieux connaître avant de creuser le trou.
Le paulownia tomentosa, un arbre qui ne passe pas inaperçu
Le paulownia tomentosa, appelé aussi arbre impérial, est arrivé en Europe dans les années 1830. Au Japon, où on le nomme kiri, sa feuille et sa fleur figurent sur l’emblème du cabinet du Premier ministre.
Port et feuillage
Adulte, il mesure 10 à 20 mètres. Sa cime est large et arrondie, portée par un tronc à l’écorce brun-gris plutôt lisse. Les feuilles en forme de cœur, opposées, dépassent souvent 30 centimètres de long et restent feutrées au revers (d’où le nom tomentosa). Sur un jeune sujet coupé ras, elles peuvent atteindre 60 centimètres. Ce feuillage caduc tombe en automne : l’ombre est donc estivale, et le jardin retrouve la lumière en hiver.
Une floraison avant les feuilles
En avril et mai, l’arbre encore nu se couvre de grappes dressées d’une vingtaine de centimètres. Les fleurs en clochettes, d’un mauve violacé, sentent la violette et attirent les abeilles. Les boutons se forment dès la fin de l’été et passent l’hiver à découvert, enveloppés d’un duvet brun. Ensuite viennent des capsules ovoïdes de 4 à 5 centimètres, qui restent accrochées aux branches une bonne partie de l’hiver.

Quelle vitesse de croissance attendre ?
Un jeune arbre bien installé prend un à deux mètres par an, parfois plus. Après un recépage, les rejets partent encore plus fort : le Centre de ressources espèces exotiques envahissantes note qu’ils dépassent 5 mètres en une saison. Les vendeurs annoncent des chiffres plus spectaculaires, obtenus sur des hybrides forestiers irrigués et fertilisés. Dans un jardin ordinaire, mieux vaut tabler sur le bas de la fourchette. La floraison, elle, se fait attendre : la maturité arrive vers 8 à 10 ans.
Où et comment planter un paulownia
Dans un jardin d’ombre, le paulownia ne sert pas à occuper un coin sombre : il fabrique l’ombre. Lui-même réclame le plein soleil et supporte mal d’être dominé par d’autres arbres. Placé au sud-ouest d’une terrasse, il la protège des après-midi brûlants. Sous sa ramure, une fois l’ombre installée, vous pourrez composer un sous-bois avec des vivaces adaptées, comme celles présentées dans notre guide que planter sous un arbre.
Le vent est son premier ennemi. Ses grandes feuilles font voile et ses jeunes tiges sont peu lignifiées les trois premières années, rappelle la Chambre d’agriculture de Bretagne. Les embruns ne lui conviennent pas non plus. Un coin abrité par une haie ou un bâtiment éloigné change tout.
Le sol qu’il lui faut
Il aime une terre profonde, fertile et surtout drainante. L’eau stagnante fait pourrir ses racines, et les sols lourds argileux le freinent nettement. Les guides japonais conseillent un trou d’environ 90 centimètres de diamètre sur 50 à 70 de profondeur, enrichi de compost. En terre compacte, mélangez du gravier au fond pour aider l’eau à s’évacuer. Il a en revanche besoin d’eau régulière la première année : un arrosage copieux par semaine en été, sans détremper.
Quelle distance avec la maison ?
Ses racines traçantes cherchent l’humidité et peuvent soulever dallages et allées. Les recommandations varient : 5 à 6 mètres des murs et piscines pour les jardiniers espagnols, 6 mètres au minimum pour plusieurs sites français, 10 mètres et plus chez certains producteurs. Sur un sol argileux, l’arrêté du 22 juillet 2020 tranche : la distance d’influence d’un arbre égale sa hauteur adulte, soit 15 à 20 mètres de la façade pour un paulownia. Les règles de recul sont détaillées dans notre comparatif des arbres qui poussent vite. Conduit en cépée et rabattu chaque année, il reste bien plus petit et ces distances se réduisent d’autant.
Quand le planter ?
Au printemps, une fois les gelées passées, d’avril à juin selon les régions. Planté à l’automne, un jeune sujet risque de geler avant d’avoir développé ses racines. Pour son premier hiver, paillez largement le pied et entourez la tige d’un voile d’hivernage.

Entretien et recépage
Laissé tel quel, un jeune paulownia pousse souvent de travers, en se ramifiant bas. Les pépiniéristes pratiquent donc une coupe technique, que l’on appelle recépage.
Le recépage de la première année
À la fin du premier hiver, coupez la tige à 5 centimètres du sol. Quelques jours après la reprise de végétation, plusieurs pousses apparaissent. Quand elles atteignent une quinzaine de centimètres, gardez la plus droite et la plus vigoureuse, puis supprimez les autres. Cette pousse unique donne un tronc net, qui peut gagner deux mètres en quatre mois. Ce geste n’est pas obligatoire pour un arbre d’ornement, mais il donne une silhouette bien plus régulière.
En jeunesse, l’extrémité des pousses gèle souvent. Au printemps, recoupez simplement jusqu’au bois vivant, en gardant le prolongement le plus droit. Retirez ensuite les rejets du pied et remontez peu à peu les branches basses jusqu’à 3 mètres environ, pour circuler dessous. Surveillez les branches mal attachées au tronc : leur point d’insertion est fragile et elles cassent facilement à la fourche.
Choisir entre fleurs et feuilles géantes
Beaucoup de jardiniers anglais rabattent leur paulownia chaque année pour obtenir un grand arbuste aux feuilles spectaculaires. Ce choix supprime les fleurs, puisque les boutons naissent sur le bois de l’année précédente. Si vous tentez cette conduite, attendez que l’arbre ait trois ans et que les dernières gelées soient passées. Le tronc est creux : coupé trop tôt, il laisse entrer le gel. Pour garder la floraison, limitez-vous à une taille légère entre mai et juillet, avant la formation des boutons.
Un paulownia adulte qui ne fleurit pas a souvent perdu ses boutons au cours d’un hiver rude. Ils gèlent vers -20 °C, selon le botaniste américain Michael Dirr.
Ses limites, sans détour
La croissance rapide se paie. Le bois du paulownia est léger et tendre, très apprécié en menuiserie, mais il casse sous un coup de vent ou une neige lourde. Évitez de le planter au-dessus d’une toiture, d’une aire de jeux ou d’un passage fréquenté.
Il drageonne. Des rejets surgissent près du pied, surtout après une blessure des racines ou une coupe, et un recépage peut en provoquer une série. Arrachez-les jeunes, avant qu’ils ne forment un bosquet.
Sa taille adulte le réserve aux grands terrains. Dans un petit jardin, seule la conduite en cépée annuelle reste raisonnable ; sinon, un arbre d’ornement plus compact sera plus simple à vivre, comme ceux de notre sélection d’arbres et arbustes pour petit jardin. À l’automne, la chute des grandes feuilles demande aussi un ramassage sérieux pour ne pas étouffer la pelouse.
Reste la question des graines, la plus sérieuse. Un seul arbre peut en libérer jusqu’à 20 millions par an, dispersées par le vent. Le paulownia tomentosa est considéré comme envahissant aux États-Unis, en Suisse et en Nouvelle-Zélande. En France, le Centre de ressources espèces exotiques envahissantes, piloté par l’UICN et l’Office français de la biodiversité, le classe parmi les espèces à surveiller et observe déjà des pieds échappés le long de certaines rivières du nord, de l’est et du Massif central. Au moment d’acheter, demandez si la variété proposée produit des graines fertiles. La réponse compte autant que les mètres gagnés chaque année.








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