Bouturer un kiwi : cloner à coup sûr un pied mâle ou une femelle connue

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Un kiwi correct contient plus de 800 graines. Yves Lespinasse le rappelle dans Jardins de France, la revue de la Société nationale d’horticulture de France : sous ce seuil de fécondation, le fruit reste chétif ou avorte. Tout dépend donc du pollen, donc du pied mâle planté à côté. C’est exactement là que bouturer un kiwi devient intéressant. Une bouture donne un clone : même sexe, même variété, même comportement que la liane mère. Un pépin, lui, ne dira rien de son sexe avant plusieurs années. Presque aucun tutoriel français ne le dit, alors que c’est la seule raison qui compte.

Semer un pépin revient à jouer à pile ou face

L’actinidia est dioïque. Les fleurs mâles portent des étamines gorgées de pollen viable et un ovaire atrophié ; les fleurs femelles ont un ovaire normalement développé et un pollen stérile. Aucun pied ne fait les deux. Un pépin semé donne donc soit un mâle qui ne portera jamais de fruit, soit une femelle dont personne ne connaît la qualité gustative. Et il faut attendre la première floraison pour trancher.

La bouture supprime ce suspense. Vous prélevez sur le mâle du voisin qui fleurit chaque année en même temps que vos femelles, vous obtenez un mâle. Vous coupez sur la liane dont vous avez déjà goûté les fruits, vous obtenez cette variété-là. Le semis garde son intérêt pour créer du nouveau, comme quand on s’amuse à semer ses graines pour voir ce qui sort. Pas pour reproduire ce qu’on aime.

Combien de mâles faut-il ? Gamm vert conseille trois femelles pour un mâle et tolère jusqu’à sept ou huit. La chaîne sicilienne Il giardino ai piedi dell’Etna et l’agronome italien Luca Carceri s’accordent sur cinq à six femelles par mâle. Un seul mâle bouturé en trois exemplaires couvre donc largement un jardin familial.

Repérer le bon rameau avant de sortir le sécateur

Sur une liane en feuilles, le sexe se lit d’abord aux fleurs, en mai. Les fleurs mâles arrivent en bouquets denses, sans rien au centre. Les fleurs femelles restent plus rares et montrent un ovaire poilu bien visible, surmonté de styles disposés en étoile. En dehors de la floraison, le jardinier sicilien de la chaîne Il giardino ai piedi dell’Etna donne un repère de terrain : le rameau femelle tire vers le brun foncé et reste duveteux, le rameau mâle vire au gris lisse. Repère utile, pas infaillible. Marquez le pied à la floraison avec un ruban, c’est plus sûr.

Le rameau à prélever se choisit dans la partie médiane d’une pousse de l’année. Le guide italien Stocker Garden, signé de l’agronome Antonio Velonà, écarte la cime encore herbacée et la base trop lignifiée. Ni tendre au point de flétrir en deux jours, ni dur au point de ne plus produire de racines.

Bouturer un kiwi en été : la bouture herbacée à l’étouffée

C’est la méthode dominante en France, et la plus rapide à mettre en œuvre. Deux fenêtres se dégagent des sources : fin mai et début juin sur des tiges encore tendres, puis fin août et septembre sur du bois semi-aoûté. Javoy Plantes étend la période jusqu’en octobre.

Le geste, tel que le décrit Isabelle C. sur Gerbeaud.com le 31 août 2023 : couper des tronçons portant trois à quatre feuilles, laisser deux centimètres de tige sous la feuille du bas, supprimer les feuilles latérales, réduire de moitié le limbe de la feuille du haut pour limiter la transpiration. Longueur retenue par Les Jardins de Mareuil : dix à quinze centimètres. Rustica monte à vingt-cinq. Velonà, pour le semi-ligneux, va de quinze à trente selon l’espèce.

Deux détails changent tout et n’apparaissent que dans les vidéos. André Abrahami, sur sa chaîne de jardinage, coupe juste sous un œil, là où l’auxine naturelle se concentre, et enterre deux yeux plutôt qu’un pour multiplier les points d’émission racinaire. Velonà précise l’angle : coupe basale transversale sous le nœud, coupe apicale à quarante-cinq degrés au-dessus du dernier bourgeon.

Le substrat fait consensus autour du drainage. Gamm vert mélange moitié terreau ou compost, moitié perlite. Velonà compte cinquante à soixante-dix pour cent de matière organique, le reste en sable, pumice ou perlite. L’étouffée se fait sous bouteille plastique coupée, scotchée, bouchon fermé, à l’ombre et au chaud. Gerbeaud fixe un plancher de 12 °C ; Javoy Plantes vise 20 à 25 °C. Ouvrez le bouchon au bout d’un mois, retirez le scotch un mois plus tard.


Bouture de kiwi placée sous une demi-bouteille plastique transparente en méthode à l'étouffée
Bouture de kiwi sous demi-bouteille plastique, la méthode à l’étouffée en version jardinier.

La bouture ligneuse d’hiver, la méthode oubliée du web français

Aucune des dix premières pages françaises ne la traite. L’Oregon State University Extension en fait pourtant sa méthode de référence pour le jardin amateur, dans sa fiche EM 9322 signée Bernadine Strik, Emily Dixon, Amy Jo Detweiler et Nicole Sanchez, publiée en mai 2021.

Le protocole tient en trois lignes. On prélève début ou mi-janvier, sur bois nu, des tronçons de cinq à six nœuds. On les enfonce avec un ou deux nœuds sous le niveau du substrat. Et les auteurs tranchent : l’hormone d’enracinement n’est pas nécessaire. La chronique jardin de franceinfo du 17 décembre 2016 disait déjà la même chose en une phrase, en plaçant l’opération pendant la dormance, avant le débourrement.

Cette voie demande de la patience. Le jardinier de la chaîne Il giardino ai piedi dell’Etna a filmé ses boutures de janvier : les premières racines sont apparues en mai, quatre à cinq mois plus tard, et une partie du lot avait séché entre-temps. En échange, pas de feuille à maintenir en vie, pas de brumisation, pas de bouteille à surveiller pendant l’été. Si vous taillez déjà votre liane en hiver, le bois est là, gratuit. Le même raisonnement vaut d’ailleurs pour la plupart des arbres fruitiers du verger.

Hormone de bouturage : ce que disent les essais chiffrés

Les pages françaises oscillent entre « vivement recommandé » et « eau de saule ». Personne ne donne de chiffre. Deux publications scientifiques comblent le trou.

La plus récente vient de l’université de Limpopo. Mapogo Kgetjepe Sekhukhune et Mmatshelo Yvonne Maila ont publié en novembre 2024, dans Frontiers in Sustainable Food Systems, un essai sur 103 jours en boutures semi-ligneuses de dix à seize centimètres, sous brumisation, à 26 °C le jour et 16 °C la nuit. Résultats pour Actinidia deliciosa : 6 % d’enracinement sans hormone, 23 % à 1 000 ppm d’acide indole-3-butyrique, 42 % à 10 000 ppm, puis retour à 31 % à 100 000 ppm. Trop d’hormone brûle la base et fait chuter le résultat.

Côté italien, R. Biasi, G. Marino et G. Costa ont testé pour l’ISHS, dès 1990, des doses de 500 à 6 000 ppm en trempage de cinq secondes sur la variété Hayward, avec des prélèvements tous les quinze jours de mi-mai à septembre. Leur meilleure fenêtre tombe en juillet et août, avec 2 000 à 6 000 ppm, sous quarante-cinq jours de brumisation continue.

Traduction pour un jardin : une poudre de bouturage du commerce, dosée autour de 0,2 à 0,5 % d’AIB, se situe déjà dans la bonne zone. L’eau de saule, elle, apporte de l’acide salicylique et une dose d’auxine bien plus faible. Elle aide, elle ne remplace pas.

Le taux de reprise réel quand on veut bouturer un kiwi

Voilà le chiffre que personne n’écrit : 42 % dans les meilleures conditions d’un essai de laboratoire, brumisation comprise. Chez vous, sans mist ni chauffage de fond, comptez plutôt un tiers.

Ce n’est pas un échec, c’est une consigne de quantité. Préparez dix à quinze boutures pour trois plants gardés. Le bouturage dans l’eau, souvent conseillé sur les réseaux, reste le plus mauvais choix : Javoy Plantes le déconseille explicitement, et les racines formées dans l’eau, cassantes et sans poils absorbants, supportent mal le repiquage. Si vous tentez quand même, changez l’eau tous les deux jours et repiquez très vite en terre.


Bouture d'actinidia dépotée montrant un jeune chevelu racinaire blanc
Bouture d’actinidia dépotée après huit semaines, chevelu racinaire encore fin et fragile.

Le marcottage, le plan B qui ne rate presque jamais

Une liane de kiwi grimpe de quatre à dix mètres et pèse lourd. Elle a donc toujours une branche basse qui traîne. Couchez-la au sol en mars, blessez l’écorce sur deux ou trois centimètres à l’endroit du contact, enterrez de dix centimètres sous un mélange de terre et de sable, maintenez avec une pierre plate. La branche reste alimentée par la plante mère pendant tout l’enracinement. Vous la séparez à l’automne suivant, ou au printemps d’après si le chevelu paraît maigre.

Le marcottage aérien fonctionne aussi, avec un manchon de sphaigne humide autour d’une incision annulaire, entouré de plastique noir. Plus long à installer, mais utile quand aucune branche n’atteint le sol. Dans les deux cas, le taux de réussite dépasse largement celui de la bouture, au prix d’un ou deux plants seulement par saison. Le mot-clé « marcotter kiwi » remonte régulièrement dans les recherches associées, sans qu’aucun des dix premiers résultats français ne traite le sujet.

Bouturer un kiwi arguta : le cas du kiwaï et des autofertiles

Actinidia arguta, le kiwaï, porte des fruits à peau lisse de la taille d’une grosse groseille et encaisse jusqu’à -25 °C d’après la fiche de l’Oregon State University, contre -12 °C environ pour le kiwi classique. Son bois est plus fin, ses boutures se dessèchent plus vite, mais l’essai de Sekhukhune et Maila montre un détail intéressant : sur arguta, la dose d’hormone n’a pas changé le taux d’enracinement, seulement le nombre de racines, avec un maximum de 1,08 racine par bouture à 10 000 ppm contre 0,29 pour deliciosa. Des racines moins nombreuses mais plus longues, jusqu’à 0,94 cm à 100 ppm.

L’argument commercial des variétés autofertiles, ‘Issai’, ‘Solissimo’, ‘Jenny’, tient debout à une nuance près, que Lespinasse signale sans détour : les fruits obtenus sans pollen mâle sont plus petits et la récolte plus faible. Une autofertile bouturée reste autofertile, ce qui simplifie tout pour un balcon ou une petite cour, au même titre que les arbustes choisis pour un petit jardin. Mais si la place existe, un mâle bouturé à côté fera grossir les fruits.

Sevrer, rempoter, planter

Aérez au bout de quatre semaines, ouvrez complètement à huit. Les premières racines apparaissent dans cet intervalle sur les boutures d’été. Ne dépotez pas pour vérifier : tirez doucement sur la tige, une résistance suffit à confirmer.

Gardez les plants sous abri froid le premier hiver, en pot, à l’abri du vent qui dessèche plus qu’il ne gèle. La mise en pleine terre attend le printemps suivant, dans un sol drainé et légèrement acide, avec 4,5 mètres devant soi selon l’Oregon State University. Prévoyez le support avant de planter, pas après : une pergola ou un fil tendu à 1,80 m, parce qu’une liane installée refuse d’être déplacée. Et notez au crayon indélébile, sur l’étiquette du pot, le sexe du pied d’origine. Dans deux ans, vous aurez oublié, et c’est le genre d’oubli qui coûte trois saisons de récolte. Ceux qui préfèrent partir de zéro trouveront de quoi tester d’autres espèces du côté des graines d’arbres et d’arbustes.


Jeune plant de kiwi issu de bouture, rempoté et étiqueté dans un pot en terre cuite
Jeune plant de kiwi issu de bouture, rempoté et étiqueté avant son premier hiver dehors.


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