Entre Dunkerque et Perpignan, la première gelée d’automne arrive avec six semaines d’écart. Sur la période de référence 1951-1980, le nord et l’est de la France gèlent dans la dernière décade d’octobre, l’ouest au début novembre, le pourtour méditerranéen seulement en décembre, rappelait Alexandre Slowik dans Météo-Paris le 15 octobre 2025. Cet écart commande tout le mois. Les 10 légumes à planter en septembre listés ici ne se mettent pas en terre le même jour selon votre région, et cinq d’entre eux referment leur fenêtre avant le 15 septembre si vous jardinez en Lorraine ou dans le Cantal.
Semer ou planter : deux gestes, deux calendriers
Les articles de saison confondent les deux mots. Ils ne recouvrent pas le même travail ni les mêmes délais.
Semer, c’est déposer une graine et attendre la levée, huit à douze jours en septembre pour la plupart des légumes-feuilles. Le sol est encore chaud, la germination va vite, plus vite qu’en mars. Planter, c’est installer un plant déjà formé, acheté en motte ou élevé en pépinière depuis juin. Vous gagnez cinq à sept semaines d’un coup, ce qui change tout quand la durée du jour perd trois à quatre minutes par vingt-quatre heures.
Concrètement : la mâche, l’épinard, le radis et la roquette se sèment. Le poireau, le chou et la chicorée se plantent, parce qu’un semis lancé maintenant n’aurait jamais le temps de former une pomme ou un fût. L’oignon blanc joue sur les deux tableaux, en graines ou en bulbilles. Si le geste vous semble flou, la méthode du semis en ligne et le repiquage des jeunes plants sont deux pages à garder ouvertes à côté de la brouette. Un plan de planches à jour évite aussi de replanter des crucifères là où les choux d’été viennent de sortir : la façon d’organiser les planches du potager compte autant que la date.
Les 10 légumes à planter en septembre, fiche par fiche
1. La mâche, semis direct jusqu’au 20 septembre
Graine enfouie à 1 cm, pas plus, puis tassée fermement au dos du râteau. Comptez 10 cm entre les pieds sur la ligne et 15 cm entre les rangs, un écartement donné par les fiches pratiques de Plantez chez nous comme par le guide de Mélie sur Lilovia. Date limite : le 20 septembre au nord de la Loire, le 10 octobre sur le littoral méditerranéen.
La mâche germe mal au-dessus de 20 °C. Arrosez le fond du sillon avant de semer, jamais après, sinon la graine remonte. Récolte rosette par rosette de fin octobre à février. ‘Verte de Cambrai’ reste la plus rustique, ‘Coquille de Louviers’ la plus tendre. Les deux se trouvent dans n’importe quelle sélection sérieuse de graines potagères et de verger.
2. L’épinard d’hiver, semis avant le 15 septembre
Deux centimètres de profondeur, rangs espacés de 25 à 30 cm, éclaircissage à 10 cm dès quatre vraies feuilles. Mélie fixe la limite à la première quinzaine de septembre et annonce une récolte six à huit semaines plus tard. Xavier Gerbeaud, sur Gerbeaud.com, recommande ‘Géant d’hiver’, ‘Monstrueux de Viroflay’ et ‘Symphonie’, et récolte feuille à feuille à partir de novembre.
Sur sa chaîne Le jardin d’Alekil, la jardinière sème ‘Matador’ en plaque de 54 alvéoles, deux à trois graines par trou, sans séparer les touffes au repiquage. Elle place les plaques dehors, à l’ombre : l’épinard, la laitue et le chou lèvent mieux au frais.
3. Le radis d’hiver, semis dans les dix premiers jours
Le radis noir et le ‘Violet de Gournay’ demandent trois mois pour atteindre 300 g. Semez à 2 cm, en rangs de 30 cm, et éclaircissez sans pitié à 12 cm. Passé le 10 septembre, la racine restera un bouchon fibreux au nord.
Récolte en novembre et décembre, conservation en cave dans du sable à peine humide. Le radis rose de tous les mois, lui, reste jouable partout : quatre à cinq semaines de la graine à l’assiette, chiffre relevé par La Huertina de Toni.

4. La roquette, semis possible tout le mois
Un centimètre de terre, des rangs de 20 cm, et c’est tout. Moins d’un mois entre le semis et la première coupe selon Lilovia. Coupez au ciseau à 4 cm du sol, la touffe repart deux à trois fois avant les froids.
Un voile anti-insectes posé le jour du semis évite les altises, ces puces noires qui criblent les feuilles de trous. Gamm Vert les signale sur radis et navets dès la fin de l’été.
5. La laitue d’hiver, semis en godet avant le 15 septembre
Semis à 0,5 cm en terrine, repiquage à quatre vraies feuilles, 20 à 25 cm en tous sens. Plantez chez nous descend à 15 x 15 cm pour les laitues beurre et monte à 15 x 20 cm pour les variétés volumineuses. Le collet reste au niveau du sol, jamais enterré, sinon la pomme pourrit dès les premières pluies.
‘Merveille des Quatre Saisons’, ‘Brune d’hiver’ et ‘Val d’Orge’ passent l’hiver sous un simple voile. Récolte de mars à avril. Les laitues à pomme tendre de type iceberg ne tiennent pas, comme le rappelle la chaîne britannique That’s What We Call The Good Life.
6. Le navet d’automne, semis jusqu’au 15 septembre
Un à deux centimètres de profondeur, rangs de 25 à 30 cm, éclaircissage à 10 cm. Drew Swainston, jardinier professionnel et rédacteur de Homes & Gardens, chiffre huit semaines pour des navets primeurs et dix à douze semaines pour des racines pleine taille.
‘De Nancy’, ‘Blanc dur d’hiver’ et ‘Des Vertus Marteau’ encaissent le froid. Le voile anti-insectes s’impose ici aussi, l’altise adore les jeunes cotylédons de crucifères.
7. Le poireau d’hiver, plantation de plants jusqu’au 30 septembre
Habillez le plant avant de le mettre en terre : racines raccourcies à 1 cm, feuilles coupées au tiers. Plantez chez nous conseille un trempage de quinze minutes dans l’eau, puis un trou de 15 cm au plantoir. Espacement de 12 à 15 cm sur la ligne, 35 cm entre les rangs.
Le geste qui distingue le poireau : on ne rebouche pas le trou. On verse un demi-arrosoir dessus, la terre se referme seule autour du fût. Récolte de décembre à mars. La Huertina de Toni compte six à sept mois de culture pour un poireau de garde.
8. Le chou d’hiver, plantation avant le 20 septembre
Sillon de 15 cm de profondeur, plants installés à 50 cm sur le rang et 50 cm entre rangs, en quinconce. Buttez au pied quinze à vingt et un jours après la plantation, le collet nu bascule au premier coup de vent.
Chou frisé, chou de Milan, chou pommé de printemps : Pauline, du blog Jardiner Bio, donne deux à quatre mois et demi de culture et une résistance qui descend à -10 °C. Le kale gagne en sucre après une gelée, un point que confirme Drew Swainston. Posez un voile blanc dès la plantation contre la piéride et la noctuelle, comme le fait la chaîne italienne Bosco di Ogigia sur ses jeunes choux.

9. L’oignon blanc, bulbilles jusqu’au 30 septembre
La bulbille se pose pointe vers le haut sous 1 cm de terre, 5 à 10 cm entre les pieds, 30 cm entre les rangs. Sol drainé, aucun fumier frais, sinon les bulbes montent en feuilles et pourrissent en février.
‘Blanc de Rebouillon’ est la valeur sûre française. Les variétés japonaises d’hiver, ‘Senshyu Yellow’ et ‘Shonan Red’, demandent moins de lumière pour grossir, ce qui les rend intéressantes dans les jardins de mi-ombre. Récolte en oignons frais d’avril à juin.
10. La chicorée scarole, plantation avant le 15 septembre
Plants en motte installés à 30 ou 35 cm en tous sens, collet affleurant. Gamm Vert range la scarole et la frisée parmi les légumes à butter en septembre, au même titre que le cardon et le céleri.
Dix à quinze jours avant la récolte, rassemblez les feuilles et coiffez la touffe d’une cloche opaque ou d’une assiette retournée : le cœur blanchit et perd son amertume. Récolte de novembre à décembre. La scarole encaisse les premières gelées blanches sous un voile, mais pas un froid installé.
Adapter les 10 légumes à planter en septembre à votre climat
Stephen Albert, sur Harvest to Table, résume la seule méthode fiable : comptez à rebours depuis la date moyenne de première gelée chez vous, et vérifiez que le nombre de jours restants couvre le cycle du légume.
Appliquée à la France, la règle donne trois calendriers. Dans le Nord, l’Est et sur les plateaux du Massif central, la gelée tombe fin octobre : un semis du 1er septembre dispose de sept à huit semaines, guère plus. Sur la façade atlantique et dans le Bassin parisien, la marge grimpe à neuf ou dix semaines. Autour de la Méditerranée, la première gelée attend décembre, soit treize semaines de croissance, et les dates limites de cet article se décalent de trois à quatre semaines vers l’aval.
Le chiffre qui remet les choses à l’échelle : Lille compte encore 36 jours de gel par an. Météo-Paris rapporte que la France a perdu cinq à sept jours de gel en soixante ans, entre 1961 et 2021, avec un recul plus net au centre et à l’est. Autrement dit, les dates limites de vos parents étaient plus strictes que les vôtres. Un semis de mâche du 25 septembre en Touraine passait mal en 1990, il passe aujourd’hui. Reste à recaler l’ensemble de l’année sur ce décalage, ce que fait le calendrier des périodes de semis mois par mois.
Le relief compte autant que la latitude. À 600 m d’altitude dans le Cantal, la station d’Aurillac a relevé 0,0 °C dès le 6 octobre 2025. Un jardin de montagne suit le calendrier du Nord, même en Occitanie.
Protéger sans surprotéger
Septembre trompe par sa douceur. Le sol garde 18 à 20 °C en surface pendant que l’air rafraîchit la nuit, et cette combinaison sèche les premiers centimètres en deux jours de vent.
Arrosez au goulot, dans le sillon, avant de semer. Un arrosoir à pomme fine après le semis suffit ensuite à maintenir l’humidité sans déplacer les graines, geste que rappelle la chaîne That’s What We Call The Good Life.
Le voile d’hivernage de 17 g/m² se pose fin octobre, pas avant : posé trop tôt, il fait filer les salades et attire les limaces. Pour le châssis, Stephen Albert donne un conseil rarement lu ailleurs : nettoyez-le et garnissez-le de paille avant d’y installer quoi que ce soit, la paille isole du froid montant du sol.
Les limaces restent le vrai danger de septembre. Le jardinier de la chaîne italienne Bosco di Ogigia remplace ses plants de fenouil dévorés et ramasse à la main, de nuit, à la lampe frontale. Rien n’est plus efficace, et cela coûte vingt minutes deux soirs de suite.

Reste une plante que personne ne cite dans les listes françaises et qui mérite votre coin de planche libre. Le safran, Crocus sativus, se plante à la mi-septembre. Le docteur Francesco Beldì, dans le guide potager de Stocker Garden, donne les chiffres exacts : bulbes enterrés à 10 ou 15 cm de profondeur, 5 cm minimum entre eux, floraison et cueillette des stigmates d’octobre à la mi-novembre. Quatre à six semaines entre le geste et la première pincée d’épice. Choisissez la place la plus drainée du potager, celle où l’eau ne stagne jamais après un orage, et sortez le plantoir ce week-end.


